Récit d’un périple de 8000 kilomètres en mer – Etape 2

Deuxième étape : Casablanca – Arecife (île de Lanzarote, les Canaries)

Mardi 20 octobre 2015

Après ces cinq jours de répit à Casablanca nous reprenons la mer direction les Canaries et le port d’Arecife sur l’ile de Lanzarote. Nous devons rejoindre un ami de Morgan, Henri, skipper aventureux participant à la mini-transat.

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Nous larguons les amarres sur les coups de 18h et disons au revoir au Maroc. Ce soir, le temps est beau et calme. Nicolas tient la barre, il est vraiment heureux de vivre l’instant présent. A cette heure, le soleil entame sa descente et nous offre de magnifiques couleurs jaunes-orangers. Gabrielle appelle à la VHF pour informer la capitainerie et les autres bateaux de notre départ. Le bateau tape  durement sur les vagues car le vent est de face. Sans prévenir, Nicolas ne se sent pas bien. Première fois pour lui qu’il est attrapé par le mal de mer. Jamais bien loin ce sale ami ! Nous dînons éclairés par les lampes frontales, nous ne sommes pas du tout à notre aise. Ce soir encore le bateau gite énormément. Toujours ces secousses, ce claquement de vagues et le fracas contre la paroi. Toujours embêté avec le mal de mer, Nicolas dit regretter d’avoir choisit ce mode de transport pour rejoindre l’Amérique. Je sais très bien que c’est le mal de mer qui lui fait dire cela. Demain se sera vite oublié ! Allongés dans la couchette avant, nous n’arrivons pas à trouver une position confortable pour dormir, tellement le fracas du bateau contre les vagues nous fait décoller. Je décide d’aller m’allonger dans le carré sur l’une des banquettes. Je finis par tomber de sommeil. Il ne fais pas très chaud cette nuit.

Mercredi 21 octobre

Nous avons une fois de plus survécus à ces fortes vagues. Avec ce que nous venons de vivre, aurais-je un jour confiance en ce petit rafiot ? Ce matin il fait beau et le soleil réchauffe tout doucement l’air. Morgan est exténué et frigorifié. Avec Nicolas nous prenons la relève emmitouflé dans la vieille couverture en laine. Nous guettons l’horizon. En ce doux matin, nous sommes seuls sur ce coin de mer.

Plus tard dans la journée, la houle calmée, opération nettoyage du pont. Une éponge et un saut en main, nous nous mettons tous à la tâche pour rendre Captain Morgan des plus soyeux.

Le voilier avance tranquillement à son rythme pendant que l’équipage prépare le repas. Ce soir, au menu : cake poivron-olive et sandwichs rosette-cornichons.

Jusqu’à 23h, avec Nicolas nous sommes de quart. Comme la nuit est assez fraîche, nous restons sous la couverture. La nuit est noire et tapissée d’un ciel étoilé. Le plancton bioluminescents ou noctiluque virevolte dans le creux des vagues. On dirait que les étoiles se réfléchissent dans les vagues. Nous terminons notre quart, par un changement brutal de vent. Nous avons empanné. Encore une fois, nous allons dormir séparé cette nuit, Nicolas dans la cabine avant et moi dans le carré.

Jeudi 22 octobre

Encore une nuit peu reposante. Balloter dans tous les sens, le dos, la tête, les fesses, le corps commence à se bleuir. Nous nous réveillons une dizaine de fois chaque nuit. Je pense souvent à mes parents, qui, il y a une douzaine d’année avait le même projet que moi. Ils devaient rallier la France au départ du Québec avec leur propre voilier. Malheureusement cette aventure n’avait pas pu voir le jour pour eux. Aujourd’hui, je veux vraiment aller jusqu’au bout de cette transatlantique. Je le veux pour eux et pour moi. Nicolas, quant à lui, toujours à la recherche de nouveaux défis, aimerait rayer de sa bucket-list cet objectif. Il se souvient, jeune, avoir vu un départ de la course du Rhum avec ces deux oncles. Il s’était dit que lui aussi le ferait un jour. Après avoir rallier la pointe sud du Vietnam à la  France, sans avion, en 2010, il veut aujourd’hui traverser cet océan et ainsi continuer son tour du monde sans prendre l’avion.

Comme il n’y a pas beaucoup de choses à faire sur ce petit bateau et surtout que je n’arrive pas à faire beaucoup de choses, nous passons la plupart de notre temps, assis, allongés, à contempler l’horizon pour ma part et à lire pour Nicolas. Parfois, comme c’est le cas, ce matin, nous avons la chance de voir un banc de dauphins en chasse. Ils sont magnifiques, plongeant, sautant, à vive allure. C’est dingue de voir le pouvoir qu’a le dauphin de remonter le moral de tout un équipage.

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Les jours passent, je suis toujours malade. J’ai encore envie de vomir tellement je suis secouée. Vendredi et samedi pétole. Nous sommes encore loin des Canaries. Le moral est au plus bas me concernant. Gabrielle et Sebastiàn décident de faire un gâteau. L’odeur de la pâte qui cuit puis le gâteau chaud devant nous … hummm un délice! Cela nous fait tous plaisir !

Dimanche 25 octobre

Il est six heures quand nous nous réveillons. Morgan est déjà sur le pont, à barrer. Cette nuit il a pu dormir au chaud. Etant juste niveau gazole, nous avons arrêter le moteur et laissé dériver le voilier toute la nuit. Ce matin, nous ne sommes plus très loin des Canaries. Nous apercevons l’île de Lanzarote. Nous pouvons distinguer des sommets, une terre volcanique, quelques maisons aux couleurs blanches. L’île paraît désertique.

Le réservoir est à sec. Il y a pétole, pétole pétole … Ce qui est contraignant, c’est que nous devons atteindre le port d’Arecife avant midi pour une question de marée montante. Comme par miracle, nous arrivons dans les temps au ponton. Autour de nous une cinquantaine de voilier en escale pendant la mini-transat. J’ai envie de danser, de sauter, de parler espagnol et de manger un bon petit plat ! Nous sommes content d’y être arrivé. Une deuxième étape se termine avec encore une fois, son plein de sensations et d’émotions.

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Nous allons rester cinq jours sur l’ile de Lanzarote. Ainsi, nous avons pu faire la connaissance d’Henri, ce brestois skipper de la mini-transat. Il ne faut pas se fier au nom de cette course. En effet, ces coureurs au départ de Douardenez, doivent rejoindre Pointe-à-pitre, en faisant une escale à Lanzarote sur un voilier de 6m50 sans possibilité de pouvoir jouir du bulletin météo et en solitaire de surcroît. Son sponsor est naturellement la Ligue de Protection des Oiseaux (LPO). Avec lui, nous avons pu échanger sur ces conditions rudimentaires de navigation. Un marin passionné, dont sans aucun doute, nous entendrons parler d’ici quelques années sur d’autres courses.

Par pur hasard, nous avons également rencontré Gérard et Françoise, capitaine d’un énorme voilier Bavaria de 50 pieds. Nous avons passé avec eux le temps d’un repas improvisé, une agréable soirée. Trois voiliers complètements différents, trois façon de naviguer différentes mais tous la même passion.

Nous avons pu avec Sebastiàn et Gabrielle, louer une petite fiat Punto à la journée pour visiter cette île volcanique et découvrir ce qu’elle cachait. Parc naturel volcanique, plages de sable noir et même attraction de chameaux dans les dunes de sables. Un archipel  aux saveurs et couleurs espagnols.

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Comme avant chaque départ, un petit brin de nostalgie. L’inconnu devant nous pour les prochain jours. L’envie de découvrir de nouveaux horizons mais pour moi une petite appréhension à l’idée de reprendre la mer. Nous partons bien plus au sud pour le Cap vert le 30 octobre.

4 thoughts on “Récit d’un périple de 8000 kilomètres en mer – Etape 2

  1. Super !
    Vous avez pas pris une photo du planton luminescent ? N’hésite pas à mettre des photos, plein, plus, partout.
    Courage, c’était génial de vous lire.

    1. Salut Elodie !
      Impossible de prendre une photo du plancton avec notre appareil photo, ni avec la gopro. Je pense qu’il faut un truc bien spéciale! Nous ferons une galerie photo pour mettre davantage de photos de toutes nos escales et de la transat !
      Merci pour ton commentaires :)
      Bisous

  2. C’est super agréable de vous lire, tu écris bien Nolwenn :) On s’y croirait… les vagues en moins, ce qui arranges ta grande soeur :)

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